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Une conversation avec l’artiste ojibwé bispirituel et créateur du chandail orange de 2021, Patrick Hunter

août 25, 2021

Articles

Plus tôt ce mois-ci, nous avons lancé notre campagne pour la Journée du chandail orange de 2021 afin de soutenir les communautés autochtones partout au pays.

Patrick Hunter, un artiste ojibwé bispirituel de Red Lake, en Ontario, a conçu les chandails orange de cette année avec un nouvel écusson représentant des mocassins pour enfants pour commémorer la perte de milliers d’enfants dans le système des pensionnats. Toutes les recettes de la vente des nouveaux chandails orange sur TSC seront réparties entre l’Orange Shirt Society et l’Indian Residential School Survivors Society (IRSSS), un organisme de la Colombie-Britannique qui fournit des services essentiels aux survivants des pensionnats, à leurs familles et aux personnes confrontées à des traumatismes intergénérationnels.

Nous voulions en apprendre plus sur Patrick, sur ce que signifie la Journée du chandail orange pour lui et sur ce qui l’a inspiré à créer le nouveau concept. Voici ce qu’il nous a dit :

Parlez-nous de vous et de la façon dont vous avez commencé à travailler avec Rogers.

Je suis un artiste ojibwé bispirituel de Red Lake, en Ontario. À l’heure actuelle, je divise mon temps entre Toronto et le Nord de l’Ontario. Dans mes communautés, je suis d’abord un artiste; je crée des œuvres originales inspirées du Nord de l’Ontario. Je suis aussi un designer graphique : je crée une iconographie numérique inspirée de mon patrimoine autochtone; je collabore avec des entreprises de taille moyenne et grande afin d’accompagner leurs initiatives, ce qui contribue à accroître le facteur autochtone dans le monde de façon plus publique.

J’ai pris part à ce partenariat pour la première fois en 2019, quand j’avais monté un spectacle artistique pour la Fierté de Toronto et le Mois national de l’histoire autochtone. Depuis, nous avons travaillé ensemble à divers projets qui visent tous à soutenir les arts et les valeurs autochtones non seulement dans les espaces de Rogers, mais dans le monde, en ayant recours à des méthodes qui soutiennent les communautés autochtones. 

Qu’est-ce que la Journée du chandail orange signifie pour vous?

J’ai toujours su que c’était important pour mon peuple, mais je ne croyais pas que cela avait beaucoup d’importance pour moi personnellement, car ma mère n’est pas allée [dans un pensionnat]. À mesure que mon parcours progressait, j’en ai appris davantage sur ce que le gouvernement a fait aux communautés autochtones avec des initiatives comme la « rafle des années soixante », le retrait massif d’enfants autochtones de leur famille ordonné par le gouvernement pour les inclure dans le système de protection de l’enfance des années 1950 aux années 1980. Je me suis rendu compte qu’il ne s’agissait là que d’un autre exemple d’assimilation forcée, comme les pensionnats. Ma mère a fait partie des victimes de la rafle des années 1960, et ce n’était pas le choix de ma grand-mère qui, elle, était allée dans un pensionnat et avait probablement appris ce qu’ils y enseignaient, c’est-à-dire qu’ils n’étaient pas assez bons, qu’ils n’avaient pas de valeur, et qu’ils devraient avoir honte de leur culture.

Ayant appris tout cela, je me suis rendu compte que j’ai des séquelles causées par ces écoles, puisque je n’ai pas pu grandir avec ma culture ou ma langue. J’ai appris tout ça par moi-même et avec chaque œuvre d’art que je finis. 

Quelle a été l’inspiration derrière ce nouvel écusson et comment honore-t-il la culture autochtone?

J’ai beaucoup de neveux et de nièces qui me sont chers et qui ont atteint l’âge auquel ils auraient fréquenté les pensionnats. Je leur ai aussi acheté des mocassins quand ils étaient vraiment petits parce que je les trouvais trop mignons! Je voulais que les gens pensent aux enfants de leur vie et de leur communauté et à ce qu’ils feraient si un agent venait à leur porte avec la GRC et leur disait qu’il allait amener leurs enfants et que s’ils résistaient, ils seraient punis. Ces petits enfants n’étaient que des tout-petits coupables d’absolument rien, et ces écoles ont causé des dommages à des communautés pendant des générations. 

Comment ce nouveau concept honore-t-il la culture autochtone?

Les mocassins sont des chaussures que les Autochtones fabriquaient et offraient en cadeau ou utilisaient pour eux-mêmes à l’époque, et même encore aujourd’hui. Je ne peux pas coudre pour sauver ma vie, alors je trouve des artisans autochtones sur Instagram et j’appuie leur entreprise en achetant leurs produits.  

Comment votre art vous rapproche-t-il de la culture autochtone?

Avant le premier contact, je pense que la créativité est un moyen de m’assurer d’avoir quelque chose à échanger contre des articles de valeur. Je pense qu’en tant que peuple, nous avons toujours regardé la nature pour créer de belles choses, et c’est encore vrai aujourd’hui. Nous avons en nous un bel esprit créatif qui, si on trouve une manière de l’exprimer, nous guidera dans notre carrière d’artiste. 

Pour les Canadiens qui ont acheté le chandail orange de 2021, quels sont les principaux éléments que vous aimeriez qu’ils retiennent?

Je tiens surtout à remercier le peuple canadien de nous avoir aidés pendant cette période de l’histoire. Je veux que vous pensiez à ce que vous auriez fait à notre place si le gouvernement était venu chercher vos enfants. Ce n’est pas un sujet facile à aborder, mais il faut absolument en parler plus. En portant simplement un chandail orange, vous pouvez aider à sensibiliser les gens et à lancer des conversations qui mènent à la compréhension.

Pour appuyer la programmation éducative de l’Orange Shirt Society et les survivants des pensionnats par l’entremise de l’IRSSS, achetez un t-shirt conçu sur commande par Patrick Hunter pour Rogers dès maintenant et jusqu’à la Journée du chandail orange du 30 septembre en consultant l’adresse tsc.ca/wewearorange.