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Mois national de l’histoire autochtone: Asennaienton Frank Horn souligne l’importance de la narration

juin 20, 2022

Articles

Tout au long du Mois national de l’histoire autochtone, nous mettrons en lumière des histoires personnelles et inspirantes de certains membres autochtones de l’équipe. Voici l’histoire de Frank. 

Le Mois national de l’histoire autochtone est un moment dédié chaque année afin de souligner le patrimoine, les langues, les pratiques culturelles et les croyances spirituelles des Autochtones et d’en apprendre davantage sur ces sujets. En l’honneur du Mois national de l’histoire autochtone, quelques membres autochtones de l’équipe feront part de leur histoire. 

Asennaienton Frank Horn (Asennaienton est un nom mohawk), chef principal, Engagement communautaire et collaboration auprès des Autochtones de Rogers. Issu d’une forte lignée familiale autochtone, soit les Kanien’kehá (le « peuple des silex ») des communautés sœurs de Kahnawake (près de Montréal, au Québec) du côté du père, et de Kanesatake (près d’Oka, au Québec) et du clan de l’ours « ohkwari » du côté de sa mère, Frank nous en dit plus sur l’histoire de sa famille, l’incidence de son rôle chez Rogers et son parcours d’apprentissage de la langue kanien’kehá (mohawk). 

Voici l’histoire de Frank. 

Tu as mentionné que tes parents se sont rencontrés à un « haudenosaunee », soit un événement social traditionnel de maison longue. Peux-tu nous en dire plus et expliquer en quoi cela consiste? 

Mes parents sont issus de communautés sœurs voisines près de Montréal et ont tous deux été élevés selon les traditions des maisons longues des Haudenosaunee. Tous mes grands-parents parlaient kanien’kehá (mohawk) et connaissaient très peu le français ou l’anglais. Il y a de nombreuses cérémonies en kanien’kehá qui peuvent être très longues et complexes. Mes parents se sont rencontrés lors d’un événement social qui se déroulait dans une maison longue avant de se marier et de fonder une famille. Le lien avec le clan est très important. Mon père est membre du clan du loup, et ma mère est membre du clan de l’ours. Puisque la tradition des Haudenosaunee est matriarcale, je fais également partie du clan de l’ours. Ce système de structure familiale existait bien avant que celui de la Loi sur les Indiens du gouvernement colonial soit imposé. Celui-ci est patriarcal et n’a jamais correspondu aux traditions des Haudenosaunee. Il a semé le chaos social dans la communauté. 

Ton père a été l’un des premiers avocats autochtones au Canada. Peux-tu nous expliquer pourquoi c’est important et ce que cela signifie pour toi? 

Mon père m’a raconté les difficultés avec lesquelles il a dû composer pour finalement terminer ses études de droit et passer le Barreau. Les choses n’ont pas été faciles. Il avait une jeune famille à l’époque, mais il a surtout été confronté à des obstacles systémiques. Il fut un temps où il était illégal au Canada pour les gens ayant le statut d’Indien inscrit d’être représentés par des avocats, et il était d’autant plus impensable que ceux-ci puissent devenir avocats! Il était même illégal pour les avocats de représenter un client ou une cliente ayant le statut d’Indien inscrit, sans quoi ils risquaient la radiation. Cette situation a changé et a donné l’occasion à mon père de suivre un programme estival de préparation au droit en Saskatchewan avant d’aller à la faculté de droit de McGill au début des années 1970. 

Lorsque j’ai fondé ma propre famille et que j’ai compris les pressions liées à mes responsabilités, j’ai appris à admirer la persévérance dont a fait preuve mon père à une époque très différente. 

Quelles sont certaines des traditions transmises par tes parents qui sont les plus chères à tes yeux? 

En vieillissant et en réfléchissant à la façon dont mes parents m’ont élevé, je me suis rendu compte de la valeur des récits. Comme de nombreuses nations autochtones de l’Île de la Tortue, les Kanien’kehá (le « peuple des silex », c.-à-d. les Mohawks) possèdent une culture orale dans laquelle toutes les histoires, les cérémonies et les traditions sont transmises au moyen de récits. Mes deux parents sont de merveilleux conteurs, et je crois fermement que ces qualités sont transmises de génération en génération. Les histoires sont vibrantes et faciles à transmettre grâce aux images visuelles. 

Chaque semaine, j’appelle ma famille par l’entremise de Zoom pour des leçons de kanien’kehá (mohawk). Ma mère et sa sœur (ma tante) passent du temps à nous enseigner la langue. Ce n’est pas facile, compte tenu de l’étape où je suis rendu dans ma vie, mais je m’y consacre parce que c’est ce que je suis. En étudiant le kanien’kehá, je découvre une langue philosophique et révélatrice d’un mode de vie, dans laquelle la formation des mots est riche et belle. Un jour, j’espère maîtriser suffisamment la langue pour être en mesure de tenir des conversations. Entre-temps, je profite de la puissance des histoires. 

À titre de chef principal, Engagement communautaire et collaboration auprès des Autochtones de Rogers, à quoi ressemble habituellement ton quotidien? 

Les journées peuvent varier et ça me convient, car la routine m’ennuie. Certains jours, je passe du temps à tisser de nouveaux liens et à renouer avec des communautés autochtones pour voir comment Rogers peut aider. Tout commence par l’écoute. Il faut également laisser la communauté mener la conversation. Chaque occasion est unique, alors les solutions proposées varient également. La complexité et les nuances que présentent les communautés rendent le travail vraiment emballant. Certaines conversations sont très préliminaires, tandis que d’autres sont très détaillées à l’étape de l’élaboration d’un projet. Une des choses qui me plaît le plus dans mon travail, c’est de sentir l’enthousiasme d’une communauté lorsqu’elle est sur le point d’obtenir la même connectivité que n’importe quel grand centre urbain. 

L’équipe de collaboration auprès des Autochtones fournit également des conseils sur les initiatives internes de Rogers. Ces séances ont aussi été formidables, car ces conversations internes ont permis à toute l’équipe de collaboration auprès des Autochtones de rencontrer de nouveaux collègues. Je me suis rendu compte qu’il y a de nombreuses personnes alliées ici chez Rogers qui cherchent réellement à faire progresser les choses auprès des communautés autochtones. 

Y a-t-il quelque chose que tu souhaites que les membres de ton équipe Rogers et les personnes alliées de la communauté autochtone sachent au cours du Mois national de l’histoire autochtone et tout au long de l’année? 

Du point de vue de la connectivité, c’est une question d’occasions. Ce que Rogers offre avec les services à large bande et sans-fil est une voie vers un changement positif. Le système colonial empêchait toute progression de la communauté autochtone, et c’est un narratif qui doit changer. Il y a un réel gouffre à combler, et Rogers donne la possibilité d’être sur un pied d’égalité. La communauté autochtone est tout aussi créative, novatrice et entreprenante que les autres, et elle a tout simplement besoin d’une plateforme. Au lieu de toujours forcer les gens à quitter leur territoire natal, pourquoi ne pas leur permettre d’être productifs depuis les terres qui sont la source de toute cette créativité? Pour moi, il s’agit de l’occasion que Rogers offre dans l’espace autochtone!