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Mois du patrimoine asiatique – Alfredo C. Tan nous rappelle de ne jamais oublier nos racines

mai 28, 2021

Articles

Pour célébrer le Mois du patrimoine asiatique, Alfredo C. Tan, premier vice-président, Stratégie, Données et produits, Rogers Sports & Média, et cadre délégué du Réseau de la communauté asiatique de Rogers, nous parle de son expérience d’immigration au Canada en provenance des Philippines et de la façon dont il a surmonté certaines difficultés sur son parcours.

Voici certains de ses propos :

Parlez-nous de votre expérience d’immigration au Canada.
Lorsque j’avais quatre ans, j’ai immigré au Canada en provenance des Philippines avec mes parents, et nous nous sommes installés dans le quartier Parkdale de Toronto, avec ma grand-mère, mes tantes, mes oncles et mes cousins.  Pendant les années 1980, Parkdale était une plaque tournante pour les nouveaux immigrants, et on y voyait beaucoup de pauvreté et de marginalisation. Toutefois, dans l’ensemble, étant enfant, je n’étais pas très conscient des difficultés. Ma mère n’avait pas de grandes études, et, comme c’est le cas pour la plupart des immigrants instruits, les titres de compétences de mon père n’étaient pas aussi reconnus ici, alors il n’a jamais été facile pour lui de trouver un emploi. Les réseaux sont souvent le moyen le plus facile de trouver un emploi, mais c’est là un défi de taille pour les immigrants. Je sais que c’était difficile pour eux puisqu’ils n’avaient pas de contacts ici. Ils ont vraiment dû partir de zéro.

Lorsque j’étais enfant, nous vivions avec ma tante, mon oncle et mes cousins. Il est normal dans la culture philippine que plusieurs générations habitent sous le même toit, et même si l’amour était au rendez-vous, nous étions à l’étroit, et il était difficile de joindre les deux bouts. Je me souviens que je dormais sur le plancher, dans la chambre de ma grand-mère, et que je me disais que je n’avais besoin de rien de plus. Ma mère et mon père travaillaient tellement que je vivais avec ma tante, mon oncle, mes cousins et ma grand-mère (qui ont élevé 12 enfants en même temps) pendant la semaine. Je rentrais à notre petit appartement les week-ends pour passer du temps avec ma mère et mon père.

Lorsque j’ai grandi et que je me suis fait des amis à l’extérieur de la communauté philippine, j’ai vécu une période au cours de laquelle j’étais un peu gêné d’avoir une vie aussi différente. J’allais chez des amis, dans leur magnifique maison unifamiliale. Tout le monde avait sa propre chambre; l’espace de vie était vaste. J’ai aussi remarqué qu’il n’y avait pas de cafards chez eux et qu’ils n’avaient pas à utiliser le transport en commun ni à se rendre partout à pied. Tout le monde avait une voiture, certains en avaient même deux. J’hésitais parfois à inviter des amis à notre appartement, mais je savais que ma mère et mon père faisaient de leur mieux. Ils ne faisaient que travailler. Je ne voulais pas que mes amis me méprisent ou méprisent ma famille. Je suis reconnaissant d’avoir grandi avec des amis si merveilleux qui n’ont jamais fait preuve de jugement ou de moquerie envers notre situation de vie. Je serai éternellement reconnaissant de l’enfance que j’ai eue dans ce pays. 

Vous avez eu une carrière fructueuse. Qu’est-ce qui vous a motivé tout au long de celle-ci?
J’étais motivé à travailler fort, tant à l’école que dans ma carrière. De nature, je suis une personne compétitive, et cela m’a motivé à multiplier les efforts, mais l’un des principaux facteurs était que je ne voulais plus avoir à me battre. Être pauvre est vraiment épuisant, tant mentalement que physiquement. J’en suis venu à comprendre l’expérience de mes parents en tant que nouveaux immigrants et le travail qu’ils ont dû faire pendant plusieurs années par la suite pour bâtir un foyer ici. Et ma vie n’a jamais été aussi difficile que la leur. Cela m’a énormément motivé à vouloir toujours en faire plus.

Ma grand-mère me disait ceci : « Les gens peuvent te prendre beaucoup de choses, mais ils ne pourront jamais prendre ce qu’il y a dans ton cœur et ton esprit. Apprends et étudie autant que tu le peux. » J’ai consacré ma vie à la poursuite de mes études, et je tente d’acquérir des connaissances à chaque occasion. J’ai eu la chance d’étudier au Canada, aux États-Unis, au Royaume-Uni et en Europe. Ma famille n’a jamais exercé de pression sur moi pour que j’atteigne un certain niveau ou étudie dans un domaine en particulier. Ils ne me demandaient que de faire de mon mieux. Ma mère m’a dit un jour (en tagalog) : « Je suis désolée que ton père et moi n’ayons pas pu faire grand-chose pour toi. Nous avons essayé très fort; ce n’était jamais assez. Mais Dieu t’a donné un esprit qui est ton arme, et peut-être que c’était suffisant. » 

Le succès n’arrive pas du jour au lendemain; c’est un parcours qui n’a pas de destination. Il faut prendre des risques, investir du temps et faire preuve de courage, persévérance et détermination. J’ai obtenu mon diplôme sans réseau d’affaires, sans expérience de travail et avec une énorme dette d’études. Je n’avais pas la moindre idée par où commencer une carrière. J’ai eu la chance d’avoir des mentors et des amis qui m’ont aidé tout au long de mon parcours. 

Que faites-vous pour favoriser la représentation chez Rogers?
Je fais de mon mieux pour favoriser le changement, créer des occasions de mentorat et aider les autres dans leur cheminement. Nous pouvons créer nos propres occasions en tant que gestionnaires, leaders, directeurs. Pour que cette situation change, il faudra que le changement vienne de nous et il faudra s’appuyer les uns les autres.

Les Asiatiques sont sous-représentés au niveau de la haute direction et au conseil d’administration, mais nous faisons des progrès en matière de changement grâce à nos processus de recrutement, à la planification de la relève et à nos programmes de mentorat. Je suis le cadre délégué du Réseau de la communauté asiatique de Rogers, un nouveau groupe de ressources pour les employés qui appuie la représentation asiatique chez Rogers. Il s’agit d’un excellent réseau qui permet aux employés d’établir des relations de mentorat et de parler de leurs propres difficultés et obstacles.  Je suis fier de diriger cette communauté et de donner à tous les moyens d’être authentiques et la possibilité de se montrer sous leur vrai jour.

Quels conseils voulez-vous offrir aux gens qui sont confrontés à des obstacles semblables à ceux que vous avez dû surmonter?

Je résumerai en cinq points :

  1. Il y a des gens formidables qui seront disposés à vous aider. Trouvez-les. Il y a des alliés que vous rencontrerez dans votre vie qui non seulement vous encadreront, mais se soucieront vraiment de vous en tant que personne. Ils deviendront vos amis pour la vie et vous permettront de surmonter certains défis systémiques.
  2. Faites preuve d’une curiosité infinie et apprenez le plus possible. Soyez différent, ayez un point de vue unique et posez des questions.
  3. Ne soyez jamais satisfait. Il y a toujours place à l’amélioration. C’est peut-être une façon difficile de vivre, et certains diront que nous devrions être satisfaits de ce que nous avons. Même si je crois que nous devrions être heureux et reconnaissants de notre condition actuelle, nous ne devrions pas avoir peur de viser plus haut.
  4. N’oubliez jamais vos origines et n’en ayez pas honte. Ne partez jamais du principe que vous êtes meilleur que les autres. N’oubliez pas que votre réussite n’est pas entièrement attribuable à vos propres efforts.  Votre situation de vie y est également pour quelque chose.  
  5. Trouvez des façons de redonner, chaque jour. Chaque petit geste compte.