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Ensemble, avec fierté: Willie raconte comment il est sorti du placard et nous fait part des conseils qu’il donnerait à l’enfant ou à l’adolescent qu’il était

Tout au long du mois de la Fierté, nous braquerons les projecteurs sur les histoires personnelles et inspirantes des membres de notre équipe 2SLGBTQ+. Voici celle de Willie.

Pendant les célébrations du mois de la Fierté chez Rogers, nous présentons les histoires de quelques membres qui s’identifient comme faisant partie de la communauté 2SLGBTQ+. Les membres partageront leurs histoires personnelles en toute ouverture et vulnérabilité et témoigneront de ce que le mois de la Fierté signifie pour elles et eux. Pour en apprendre davantage sur les événements qui ont lieu ou sur les façons d’y participer, consultez la Zone Rogers durant tout le mois. 

Chun Wai Willie Wong, que ses collègues et ami·es surnomment Willie, a commencé à travailler chez Rogers en 2013. Willie occupe actuellement le poste de chef d’équipe et soutient la région du Centre. Passionné des arts, Willie est un musicien talentueux qui joue cinq instruments classiques. Au cours des dernières années, il a même appris une quatrième langue. Voici l’histoire de Willie. 

Tu nous as dit que tu avais vécu des difficultés pendant ton parcours scolaire puis professionnel parce que des camarades et des collègues avaient de la difficulté à accepter pleinement qui tu étais. Comment ces expériences ont-elles façonné la personne que tu es aujourd’hui et comment t’es-tu servi de ces moments difficiles pour t’épanouir? 

Les « enfants populaires » me traitaient de tous les noms dans les couloirs. Tout a commencé en 4e secondaire lorsque j’ai changé d’école. Ils m’appelaient « homo » ou « gay loe » (un terme cantonais pour désigner un homosexuel) tout à fait gratuitement. Ils n’étaient pas nécessairement méchants, mais ces situations ne m’aidaient en rien à comprendre ma propre homosexualité. J’ai vécu mon expérience la plus traumatisante en 2e secondaire. Je participais à un camp d’arts d’une semaine pour une deuxième année. Au troisième jour, c’était à mon tour de choisir la musique et j’ai sorti mon CD préféré de Christina Aguilera. Un autre garçon a immédiatement dit : « Wow, Willie! Tu écoutes cette musique-là? Tu sais que tu n’as pas besoin d’agir comme une fille pour être avec nous? ». Je ne savais pas trop comment réagir à ce moment-là. J’étais très jeune. Je ne sais pas pourquoi, mais j’avais l’impression que je ne méritais pas d’être en leur compagnie. Je me sentais inférieur à eux. Je sentais que je n’avais pas ma place dans ce monde hétéronormatif. Je sentais que personne ne me comprenait et que les gens me regardaient avec dégoût. Comme si j’étais une créature, un humain, né anormal, né malade. 

Chez un précédent employeur, après avoir passé mon entrevue et reçu ma lettre d’offre, j’ai découvert que les gestionnaires s’échangeaient un courriel qui indiquait qu’ils devaient « faire attention parce qu’un gai pourrait commencer à travailler ici et éviter de partager une chambre avec lui ou de s’en rapprocher, au cas où ». (Comme il nous arrivait de travailler à l’extérieur de la ville, il était possible que nous devions partager une chambre.) À ce moment-là, j’avais environ 19 ou 20 ans. J’avais déjà fait part de mon orientation à ma famille et à mes ami·es proches, qui m’avaient accepté avec amour et à bras ouverts. J’étais déjà entouré d’amour et d’acceptation, de l’extérieur comme de l’intérieur, alors ce genre de choses ne me faisait plus de mal. Ces personnes ne représentaient certainement pas l’ensemble de l’entreprise, car je m’y suis fait de fidèles ami·es. Toutefois, en raison de l’absence de formation sur la diversité et de programmes d’inclusion, il était difficile pour une personne de s’exprimer. J’ai pratiquement tout gardé à l’intérieur de moi-même. 

Ces expériences m’ont aidé à m’aimer et à m’accepter. Ma valeur ne dépend pas de mes préférences sexuelles. Nous devons apprendre à croire que nous sommes bien plus que les étiquettes qu’on nous colle. J’ai appris que les mots n’ont de sens que si vous leur donnez un sens. J’ai appris à me concentrer sur moi plutôt que sur ce que les gens disent de moi. 

Tu as mentionné que l’annonce de ton orientation à tes ami·es et aux membres de ta famille était une étape importante de ta vie. Parle-nous de ces moments spéciaux et explique-nous pourquoi ils étaient importants dans ton parcours. 

Sortir du placard me faisait très peur, car mes parents m’avaient déjà demandé à l’âge de 13 ou 14 ans si j’étais gai. Même moi, je n’en étais pas certain! À ce moment-là, je leur avais répondu que je n’étais pas gai du tout. Lorsque je leur ai dit que j’étais gai, je venais tout juste de terminer mes études secondaires. J’avais environ 18 ans. L’amour et la validation que je cherchais à obtenir me causaient tellement de stress que c’en était devenu insupportable : je sentais qu’il fallait que j’en parle à quelqu’un, sinon, je pourrais me faire du mal. Je suis rentré à la maison après une nuit pluvieuse, il était environ six heures du matin. Ma mère attendait à la porte, furieuse du fait que je sois revenu à la maison si tard. Après m’être fait sermonner pendant quelques minutes, je me suis effondré. À genoux par terre, j’ai commencé à pleurer. Je ne me rappelle pas grand-chose de ce que j’ai dit, mais ma mère m’a raconté que je pleurais parce que personne ne me comprenait et que je n’étais qu’une créature malade qui ne mérite pas d’être aimée. Ma mère m’a tenu dans ses bras et m’a dit que je serais toujours son fils. Je sais que c’est cliché et que mon histoire ressemble à une scène de film, mais c’est réellement ce qui s’est passé. Mon père, qui est calme et peu bavard, est descendu après m’avoir entendu. Il m’a donné un verre d’eau chaude et m’a dit : « Avant tout, reposons-nous un peu. Tu dois être fatigué. ». Je ne peux pas expliquer pourquoi le fait de prononcer les mots « je suis gai » m’a enlevé un si grand poids sur les épaules. C’était comme si 18 années de douleur et de souffrance étaient sorties de mon corps d’un seul coup. C’était libérateur, mais effrayant. Comment vont réagir mes deux frères? Vont-ils me détester? Vont-ils prendre leurs distances? Mes parents me renieront-ils demain à mon réveil? Est-ce que je vais devenir un itinérant? L’ambiance était très inconfortable à la maison et elle l’a été pendant une semaine, jusqu’à ce que mes parents me demandent de m’asseoir avec eux pour discuter. Ils étaient encore dans le déni ou en état de choc à ce moment, mais ça n’a pas duré longtemps. À 20 ans, il était tout à fait normal que j’amène une fréquentation à la maison. Il était normal que mon petit ami vienne manger avec ma famille pendant les Fêtes. À partir de là, mes parents me traitaient de la même façon que mes deux frères. 

L’annonce de mon orientation à mes amis·es proches a été beaucoup moins éprouvante. Dès que je leur ai dit, ils ont toutes et tous réagi en disant : « On le savait. On attendait que tu nous le dises. On peut enfin commencer à te connaître réellement. » J’étais soulagé de savoir que je m’étais entouré de gens qui m’aiment pour qui j’étais. 

Ces moments étaient importants pour moi, car je ne voulais pas être traité différemment. Je ne voulais pas être traité comme une personne malade. Je ne voulais pas de traitement spécial parce que je suis gai. Je voulais vivre dans un monde où aimer quelqu’un du même sexe est la même chose qu’aimer une personne du sexe opposé. Je voulais voir la réaction de mes parents et de mes ami·es. Avant de pouvoir être moi-même dans toutes mes interactions, je sentais que j’avais le pied sur le frein. Je ne me dévoilais pas. J’avais peur qu’on se moque de moi. J’avais peur d’être exclu. C’est important, car ces éléments ont aussi façonné qui je suis aujourd’hui. Lorsque je me suis accepté, j’ai pu faire les choses que je voulais faire. Je me sens assez courageux pour attaquer les défis de front, comme retourner à l’école à 23 ans ou apprendre une nouvelle langue. Je n’avais pas peur qu’on se moque de moi, car je sais que c’est moi qui trace ma voie et qui vis ma vie. 

Avec le recul, quel message transmettrais-tu à une version plus jeune de toi au sujet de l’acceptation et de la célébration de soi? 

Ce serait certainement le suivant : « Ne sois pas pressé de sortir du placard. C’est toi, et uniquement toi, qui décides. Tu ne dois rien à personne. Tu dois apprendre à t’accepter et trouver des gens qui t’acceptent. Personne ne mérite d’être seul. »