Skip to main content

Mois du patrimoine asiatique – Yin Wong raconte comment ses ancêtres ont pavé la voie de ses rêves

mai 1, 2022

Articles

Le Mois du patrimoine asiatique est l’occasion de souligner les réalisations et les contributions incroyables de Canadiennes et Canadiens d’origine asiatique qui, tout au long de notre histoire, ont permis de faire du Canada le pays qu’il est aujourd’hui.

Pour bien des gens au Canada, comme Yin Wong, analyste du crédit chez Rogers Sports & Média, ce mois est un rappel important du chemin parcouru jusqu’à présent et du travail qu’il reste à accomplir.

Aujourd’hui, Yin nous fait part des racines profondes de sa famille au Canada et des défis qu’elle a dû relever. Elle explique par ailleurs de quelle manière la résilience de sa famille se reflète dans la vie qu’elle a bâtie pour elle et ses enfants.

Votre famille a des racines profondes au Canada depuis les années 1800. Parlez-nous de son vécu.

Mon arrière-arrière-grand-père est venu au Canada pour participer à la construction du Chemin de fer Canadien Pacifique après la Confédération de 1871. Comme beaucoup de travailleurs chinois, il était payé 1 $ par jour, alors que les travailleurs caucasiens étaient payés de 1,50 $ à 2 $. Lui et les autres travailleurs chinois ont dû s’acquitter des tâches les plus dangereuses, comme travailler avec des explosifs. Malheureusement, plusieurs de ses amis sont morts ainsi, à la suite d’accidents, d’hypothermie, de malnutrition et de maladies.

Une fois le chemin de fer achevé, de nombreux travailleurs chinois sont restés au Canada, ce qui a incité le gouvernement fédéral à adopter le 20 juillet 1885 la Loi de l’immigration chinoise, aussi connue comme la loi visant à restreindre l’immigration chinoise. En vertu de cette loi, chaque personne d’origine chinoise qui immigrait au Canada devait payer des frais de 50 $. Ces frais étaient appelés « taxe d’entrée ».

En 1913, Hui Sim Wong, mon arrière-grand-père, a amorcé son périple jusqu’au Canada. Il voulait se bâtir une nouvelle vie ici, dans l’espoir qu’un jour, ses descendants puissent jouir des possibilités qui, selon lui, étaient hors de sa portée. 

En 1921, le montant de la taxe d’entrée était de 500 $, soit l’équivalent de 11 000 $ aujourd’hui. Mon arrière-grand-père était accompagné de son fils, mon grand-père, Sin Let Wong, qui avait 14 ans quand ils sont arrivés au Canada. Ils ont fait le voyage par bateau et sont arrivés à Vancouver. Ensuite, ils sont partis vers l’est et se sont finalement installés à Coaticook, au Québec. Puis, mon grand-père a déménagé à Montréal, où il a vécu et travaillé toute sa vie.

Votre père a déménagé au Canada pour rejoindre son père alors qu’il était encore un jeune homme. Il vous a parlé de son expérience au cours des premiers temps au Canada. Pouvez-vous nous raconter son expérience et son influence sur votre façon de voir la vie? 

À l’époque de mon grand-père, il était interdit aux immigrants chinois d’exercer certaines professions, comme avocat, médecin et comptable. Ils n’étaient autorisés à travailler que dans le secteur des services, comme les blanchisseries, la transformation du saumon, les scieries et les conserveries.

« Même s’il a été forcé de se détourner de ses rêves, mon père a tout fait pour nous encourager ma sœur et moi à ne pas baisser les bras. Il a été notre plus fervent supporteur et partisan. » 

Lorsque mon père est arrivé au Canada, il avait beaucoup de rêves et voulait explorer au maximum les possibilités que son nouveau chez-soi avait à lui offrir.

Cependant, en raison de son expérience sur le marché du travail, mon grand-père a fait comprendre à mon père qu’il était peu probable qu’il atteigne ses rêves. Il lui disait que personne n’embaucherait un Chinois pour exercer une profession de col blanc. Malgré sa déception, mon père a écouté son père et a fini par travailler assidûment dans le secteur de la restauration jusqu’à sa retraite.

Même s’il a été forcé de se détourner de ses rêves, mon père a tout fait pour nous encourager ma sœur et moi à ne pas baisser les bras. Il a été notre plus fervent supporteur et partisan. 

Avant de faire mes débuts chez Rogers, j’ai travaillé chez OMNI Television comme coordonnatrice de la circulation. Mon père était très fier de mon nouvel emploi. Moi, sa petite fille, j’ai décroché un emploi dans une entreprise de renommée nationale qui offre des avantages sociaux et un régime de retraite. Ça dépassait ses rêves les plus fous.

Puis j’ai déménagé, je me suis mariée et j’ai fondé ma propre famille, mais je prenais le temps de dîner avec mes parents. Mon père avait toujours un air de fierté, même lorsque je tâtonnais mon laissez-passer pour sortir de l’immeuble. Un jour, il m’a dit à quel point il était merveilleux de voir autant de cultures représentées dans notre entreprise, et je suis entièrement d’accord avec lui.

Pourquoi le Mois du patrimoine asiatique de cette année est-il un moment important pour vous et votre famille? 

Au fil du temps, le Mois du patrimoine asiatique a gagné en importance pour moi, car je veux que mes filles soient fières de leurs origines. Je veux qu’elles soient conscientes du vécu, des traumatismes et des regrets de ma famille et d’autres personnes qui ont fait preuve de courage pour s’installer dans un nouveau pays avec l’espoir pour seul bagage. En tant que mère, j’ai la responsabilité d’enseigner le passé à mes enfants, mais aussi de leur donner espoir en l’avenir. 

Je dis toujours à mes filles à quel point je les aime, et je veux qu’elles comprennent que des parents de tous les horizons doivent parfois faire des choix et des sacrifices qui ne sont pas toujours idéaux. Nous avons la responsabilité innée de leur offrir toutes les possibilités que nous n’avons jamais eues. Nous faisons des sacrifices parce que nous osons avoir des rêves. Je continuerai d’être celle qui défend et appuie le plus mes enfants, et je serai à leurs côtés à chaque étape de leur vie.

Si ce n’était de mes ancêtres, je n’en serais pas là aujourd’hui. Et à présent, mes filles et moi vivons nos rêves les plus fous.