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[Article tiré du site de Sportsnet] Un mouvement, pas seulement un moment : Réflexions pour mon fils sur le racisme et le sport

février 19, 2021

Articles

Traduction de l’article sur sportsnet.ca

Rédigé par : Donnovan Bennett

Mon fils,

C’est toute une époque dans laquelle tu vis.

Tu es né quelques minutes avant les débuts de Vladdy Jr. De toute évidence, tu étais prêt à voir s’écrire l’histoire.

Uniquement pendant ta première année de vie, tu as vu les Raptors remporter un championnat de la NBA, une pandémie mondiale et une révolution raciale.

Oui, oui, une révolution. Je prie pour toi, je prie pour que cette révolution soit un réel mouvement, pas seulement un moment. Tu vois, les gens qui ne nous ressemblent pas commencent à s’en soucier.

Un homme, George Floyd, a perdu la vie en criant à l’aide plus longtemps qu’il n’en faut pour lire cette lettre.

Cette fois-là, les médias sociaux n’ont pas été une distraction. Ils ont plutôt incité les gens à agir. Et ces actions ont pris une ampleur bien plus grande que ce à quoi je pouvais en fait m’attendre alors que tu étais encore si jeune.

C’est à ce moment que j’ai pensé à ton avenir. Si ton nom est populaire sur les médias sociaux, je veux qu’il le soit en raison de la façon dont tu as vécu ta vie et non de la façon dont tu l’as perdue. En ce moment, je sens que nous pouvons nous accrocher à cet espoir.

Il y a tellement eu de moments dans l’histoire où nous avons senti qu’il était possible de réaliser de réels progrès. Les sports ont souvent été le catalyseur du changement, et j’ai toujours trouvé que c’était logique. Toutes les bonnes choses qui me sont arrivées dans la vie l’ont été grâce aux sports. Ils m’ont appris ce que c’est d’être un homme noir.

À l’extérieur de notre famille, c’est dans les sports que j’ai trouvé des modèles qui m’ont montré à quoi doit ressembler un père de famille noir. La façon dont Stephen Curry et Kyle Lowry n’ont aucune honte à être présents pour leurs enfants continue de m’inspirer. Voilà un exemple parmi tant d’autres des leçons que j’ai apprises grâce aux sports : comment la société interagit avec les Noirs.

D’autres leçons ont été plus difficiles à accepter.

Donovan Bailey et ses trois coéquipiers antillais ont remporté l’or. C’était la première fois que je me sentais fier d’être Canadien, la première fois que je voyais briller l’excellence des Noirs. Cependant, lorsque Bailey a soulevé le sujet de la race, malgré tout ce qu’il avait donné pour le pays, il a essuyé des critiques.

Le premier Noir que j’ai vu célébrer à la télé est un autre sprinteur, Ben Johnson. Lorsqu’il a remporté l’or en 1988, il était Canadien, mais lorsqu’on a révélé par la suite qu’il n’avait pas respecté les règlements, on l’a soudainement décrit comme un immigrant jamaïcain.

À ce moment, j’ai su : la couleur de ta peau teinte la façon dont les gens te traitent. Et les hommes noirs ne peuvent se permettre de faire des erreurs.

Mon père, ton grand-père, m’avait dit ce qui suit à l’époque, et il me l’a redit et redit depuis : Si tu n’avances pas, tu recules. Tu dois travailler deux fois plus fort pour tenter d’arriver au même but. Devant un policier, tu places tes mains en l’air et tu dis « oui, monsieur », « non, monsieur ».

Ce n’est pas juste. Mais notre vie n’est pas juste.

Je sais que ça peut sembler fou, mais toi et moi ferons face à des réalités différentes de celles de nos parents et amis blancs.

Dans le monde des sports, ma grande passion, les exemples sont nombreux.

Comme Jackie Robinson, tu devras souvent attendre des années après tes homologues blancs pour avoir la même opportunité.

Comme Willie O’Ree, tu devras peut-être cacher de l’information sur toi pour ne pas perdre cette opportunité.

Comme Muhammad Ali, tu pourrais perdre ce pour quoi tu as travaillé si tu tiens à tes convictions morales.

Comme Colin Kaepernick, tu pourrais être rejeté si tu t’exprimes pacifiquement.

Comme LeBron James, tu pourrais te faire dire de la fermer et de faire ton boulot.

Et comme Akim Aliu, tu pourrais peut-être subir un traitement horrible uniquement pour faire ce que tu aimes.

Ce n’est pas parce que tout le pays adore le sport que le sport t’aimera en retour. Il en va de même pour le pays lui-même. Tu allumeras parfois le téléviseur et verras des gens t’attribuer des stéréotypes sans même te connaître. Ne les écoute pas. Des hommes et des femmes qui te ressemblent ont bâti ce pays, et sont morts pour ce pays. C’est aussi ton pays.

On t’affublera aussi personnellement de stéréotypes. Ne perds pas une seule once d’estime de toi. Le racisme était au cœur des institutions de notre pays bien avant ta naissance.

Tu sais, être Noir, c’est à la fois vivre une grande fierté et subir une grande pression. Nous n’avons pas encore réalisé le grand rêve de Martin Luther King. Au contraire, un grand nombre d’entre nous vivent encore un cauchemar. À l’instar de Martin Luther King, nombreux sont les nôtres, brillants et talentueux, à mourir trop jeunes.

Mais tu peux t’élever au-dessus de tout ça. Comme le disait Nelson Mandela : « Le sport a le pouvoir de changer le monde. »

De nombreux hommes ont sacrifié médailles et argent pour que la race ne compromette pas ton avenir comme elle a assombri leur passé.

Grâce à eux, tu peux décider de jouer et d’être « plus qu’un athlète ». Tu peux aussi être le président d’une équipe de championnat et « rêver grand ».

Peu importe la voie que tu choisis de suivre dans la vie, sache que tu es un champion.

Sache que tu es Noir.

Tu incarnes le rêve d’un esclave.

Tu es le produit du sacrifice d’immigrants qui sont arrivés au pays dans l’espoir qu’un jour tu sois libre d’être ce que tu veux.

Cela signifie que tu es porté par des géants.

Cela signifie que tu es un roi.

Tu es mon successeur.

Le sport a changé ma vie. J’espère qu’il t’en offrira une plus belle.

Et j’espère que j’assiste à un mouvement, pas seulement à un moment.

Je t’aime.

Papa