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Moment no 6 : la diffusion de l’atterrissage sur la Lune

Rogers permet aux Canadiens de vivre l’atterrissage sur la lune, les deux pieds sur terre

Par BILL BRIOUX

L’atterrissage sur la Lune en juillet 1969 a représenté un petit pas pour l’homme, mais aussi un bond de géant pour Ted Rogers.

Son entreprise, Rogers Câble, a permis à des milliers de personnes rassemblées au Nathan Phillips Square d’assister à l’atterrissage sur la Lune. Des techniciens ont installé d’énormes écrans de télé sur la place publique de 48 500 mètres carrés entourant le nouvel hôtel de ville de Toronto.

Pour plusieurs, c’est une chance unique de vivre ce qui est couramment vu comme l’un des plus importants événements télévisuels jamais produits. Grâce à une diffusion par câble offrant des images claires et nettes, ils peuvent regarder l’astronaute d’Apollo 11, Neil Armstrong, descendre l’échelle du module lunaire pour rejoindre la surface poussiéreuse de la Lune. Pour nous, c’est un exploit qui tient du miracle. Le studio se trouve après tout à une distance de 384 400 km .

Voilà un bon coup de marketing pour une entreprise de câblodistribution fondée à peine deux années plus tôt. À une époque où la plupart des Canadiens utilisent toujours une antenne installée sur leur toit pour capter les signaux de télévision, Rogers a établi sa présence dans le marché stratégique du Grand Toronto avec ses 60 000 abonnés. Au Canada, seulement un million de ménages profitent d’un service de câble, ce qui représente 15 % de la population.

Le visionnement public à Toronto n’aurait jamais pu avoir lieu si Ted Rogers n’avait pas eu des nerfs dignes d’un astronaute. Après avoir investi dans des infrastructures et acquis des systèmes concurrents, son entreprise de câblodistribution comporte des risques élevés et est au bord de la faillite. Rogers s’accroche toutefois à sa vision, sachant que l’industrie du câble connaît une croissance annuelle de 25 %. Contre toute attente, Ted Rogers réussit sa mission.

Sur terre cet été-là, on ne parle que de l’excursion lunaire d’Apollo 11. Impossible de le faire sur Twitter, Facebook ou Instagram, ni même dans un blogue. Vous ne pouvez que le vivre, émerveillé, du matin au soir. Si vous êtes chanceux, vos parents vous achètent un modèle en plastique du module lunaire que vous pouvez assembler avec de la colle, ou un tout petit astronaute pliable nommé major Matt Mason.

Le guide de cette mission est Walter Cronkite, chef d’antenne de CBS News, et il est le présentateur attitré de la nouvelle. C’est Oncle Walt qui décrit le décollage, l’atterrissage et ce moment magique où Neil Armstrong et Buzz Aldrin descendent ce qui ressemble à une échelle de piscine, avant de se promener le pas léger sur la surface poussiéreuse de la Lune.

Je n’oublierai jamais l’émerveillement ressenti, et le moment plein de promesses. Cette idée que les gens peuvent accomplir ce qu’ils désirent et que l’avenir sera fascinant. Tout jusque-là n’avait été qu’un avant-goût : le film « 2001, l’odyssée de l’espace » de Stanley Kubrick l’année précédente; les projections IMAX sur le cosmos au fantastique planétarium rétroéclairé, voisin du Musée royal de l’Ontario; et la commercialisation de barres pour astronautes. Nous nous imaginons pouvoir prendre un avion commercial en direction de la Lune d’ici nos 38 ans, l’âge d’Armstrong à cette époque.

Ces voyages vers la Lune ne se sont pas encore concrétisés, mais un visionnaire comme Ted Rogers nous a prouvé que même les rêves les plus fous peuvent se réaliser. Grâce à sa détermination sans bornes, dans les 51 ans depuis l’atterrissage sur la Lune, les Canadiens ont pu profiter de l’avènement continu d’innovations techniques que même Neil Armstrong n’aurait pas pu imaginer.

Il n’est pas toujours facile de prévoir l’avenir; il est encore plus difficile de se l’approprier. Manifestement, Ted Rogers avait ce talent. Ce fameux jour de juillet, il permet aux milliers de personnes rassemblées à Toronto de vivre l’atterrissage sur la Lune, les deux pieds sur terre, et il leur offre un aperçu de ce que l’avenir nous réserve.

L’été 1969, les Canadiens ne sont pas témoins que d’un seul bond de géant. Peu importe où vous êtes, vous pouvez apercevoir les étoiles filantes et les satellites traversant la Voie lactée. C’est une époque où tout est possible; vous n’avez qu’à lever les yeux pour trouver l’inspiration.

— Bill Brioux n’est pas un astronaute (il préfère garder les pieds sur terre). Lisez ses articles sur le monde de la télé en visitant brioux.tv.