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Épisode 3 : L’expérience employé constitue une relation. Comment trouver le bon employeur (transcription)

Michael :                            J’étais très emballé. J’avais fait mes études et avais obtenu un emploi dans le domaine voulu. Mais, tout le monde m’avait dit que c’était impossible que je me trouve un emploi dans ce domaine.

Sonia Kang :                      Je vous présente Michael. Il nous parle du tout premier emploi qu’il a obtenu après ses études.

Michael :                            J’étais donc très content de l’avoir décroché. Chaque jour me permettait d’apprendre de nouvelles choses et de développer un ensemble de compétences.

Sonia Kang :                      C’est super, n’est-ce pas? Mais quelque chose a changé par la suite.

Michael :                            Avec le temps, ces éléments positifs ont lentement commencé à disparaître, [00:00:30] et il ne me restait que des pensées et des sentiments négatifs.

Sonia Kang :                      Mais le truc, c’est qu’il ne s’était vraiment rien passé.

Michael :                            Il n’y a jamais eu de problèmes, de chicanes ou d’événements traumatisants. C’était seulement le passage du temps. Je travaillais pour la mauvaise entreprise.

Sonia Kang :                      La mauvaise entreprise. Pour beaucoup de personnes comme Michael, cette découverte arrive trop tard, une fois qu’elles ont obtenu leur emploi. Mais si avant de choisir la mauvaise entreprise, il y avait un moyen de trouver la bonne entreprise, le bon patron, le bon poste, surtout en début de carrière?

Sonia Kang :                      Bienvenue dans le balado original Le cœur au travail, rendu possible par Rogers. Je m’appelle Sonia Kang. Je suis professeure de comportement organisationnel et j’étudie la psychologie des gens au travail. Cette émission contient des pistes de solution aux obstacles qui empêchent votre progression professionnelle. [00:01:30] Cette situation arrive à la plupart des gens à un moment donné de leur carrière. Vous vous trouvez dans une situation qui ne fonctionne tout simplement pas, alors que d’autres se retrouvent dans des entreprises progressistes qui se concentrent sur ce qu’on appelle l’expérience employé, une approche holistique du travail qui met vos besoins au premier plan. Nous allons donc chercher des solutions. Que vous soyez déjà à l’emploi ou que vous commenciez votre recherche d’emploi, nous allons vous aider à prendre une décision sur l’entreprise pour laquelle vous devriez travailler.

Jacob Morgan :                 [00:02:00] Il arrive souvent que vous ayez simplement besoin d’un emploi et d’argent. J’ai vécu ce genre de situations. Je comprends.

Sonia Kang :                      Jacob Morgan étudie comment les employés et les entreprises qui les embauchent peuvent faire mieux.

Jacob Morgan :                 Mais trouver le bon emploi signifie faire partie de… C’est un peu comme entretenir une relation avec quelqu’un, n’est-ce pas?

Sonia Kang :                      Son dernier livre s’intitule The Future Leader. Il explore en partie la relation entre les dirigeants et leurs employés.

Jacob Morgan :                 [00:02:30] Nous savons tous ce qu’est une relation avec la bonne personne et avec la mauvaise personne. La même analogie s’applique aux entreprises.

Sonia Kang :                      Tout comme les relations personnelles que nous choisissons, l’endroit où nous choisissons de travailler est extrêmement important. En réalité, le fait de choisir la bonne entreprise en début de carrière peut changer la donne. Le travail est l’endroit où nous passons la majeure partie de notre temps, où nous établissons des liens sociaux, où nous améliorons nos compétences et, espérons-le, où nous donnons un sens à nos vies.

Jacob Morgan :                 Qu’est-ce qui est important pour vous? Que [00:03:00] voulez-vous? Quel est votre scénario idéal? Avec quel type de dirigeant souhaitez-vous travailler? De quel type d’équipe souhaitez-vous faire partie? Vous devez un peu connaître vos besoins à cette étape.

Sonia Kang :                      Ça fait beaucoup de questions à se poser, mais prendre le temps d’y répondre en vaut la peine. Vos premières expériences de travail peuvent orienter toute votre carrière. C’est pourquoi le plus tôt vous choisissez la voie qui vous convient, le mieux ce sera. Mais toute cette conscience de soi peut devenir compliquée.

Katy Milkman : Malheureusement, nous ne sommes pas très bien préparés pour prendre des décisions importantes [00:03:30] sur des choses comme l’endroit où nous travaillerons, et c’est parce que nous recevons très peu de formation sérieuse sur ce sujet extrêmement important, c’est-à-dire la façon de prendre de meilleures décisions.

Sonia Kang :                      Si vous voulez suivre une formation sérieuse, parlez-en à Katy Milkman. Elle étudie et enseigne la prise de décisions sur le travail, l’école, l’argent, etc. à l’École Wharton de l’Université de Pennsylvanie.

Sonia Kang :                      Réfléchissez : à quel point vous êtes prêt à faire un choix éclairé sur votre lieu de travail, ou à quel point vous l’étiez à l’époque, plus particulièrement au début de votre carrière? Connaissiez-vous les bonnes [00:04:00] questions à poser? À quoi pourrait ressembler votre cheminement de carrière? Ou que devez-vous faire lorsque votre décision ne donne pas les résultats escomptés, par exemple en raison d’un mauvais patron? Même si nous avons réfléchi à ces éléments, nous pouvons tout de même nous retrouver coincés si nous intériorisons cette idée que nous devons travailler dans un mauvais endroit pour arriver au bon endroit.

Sonia Kang :                      Nous parlerons bientôt de quelques-uns des facteurs essentiels que vous devriez prendre en compte, mais d’abord, regardons-nous. Katy et moi étudions les préjugés cognitifs que nous avons tous. [00:04:30] Ils nous guident souvent inconsciemment vers la mauvaise décision, même lorsque nous pensons prendre la bonne.

Katy Milkman :                 Notre excès de confiance peut nous amener à surestimer nos capacités et notre valeur par rapport aux autres. Quand nous pensons un emploi dans lequel nous pourrons nous épanouir, le fait d’avoir trop confiance en nos diverses compétences et en notre capacité de croître pourrait nous nuire et nous amener à accepter un poste qui ne nous convient pas parce que nous serons trop confiants quant à notre capacité de compenser nos lacunes.

Sonia Kang :                      Et c’est exactement ce qu’a fait Michael. Nous l’avons entendu plus tôt dans l’émission.

Michael :                            Je n’aimais [00:05:00] pas les projets, mais j’avais l’impression d’apprendre quelque chose. J’ai donc senti que je pouvais en retirer quelque chose. C’était, entre autres, pour faire mes premières armes.

Sonia Kang :                      Il a choisi une entreprise où il pourrait apprendre des choses et enrichir son curriculum vitæ. C’était ça le compromis, et c’est logique. Commencer par acquérir de l’expérience et se préoccuper plus tard des autres éléments.

Michael :                            Le travail a donc commencé à être un peu ennuyeux. Il y avait aussi cette culture où tout le monde travaillait de 9 h à 17 h, et à 17 h 1, le bureau était complètement vide. Il n’y avait pas réellement [00:05:30] de camaraderie ou d’amitié entre les membres du personnel.

Sonia Kang :                      En sacrifiant la camaraderie, Michael avait été influencé par un autre préjugé.

Katy Milkman :                 Les gens ont tendance à sous-estimer l’importance de leurs expériences quotidiennes et à quel point elles sont intrinsèquement motivantes et comment elles peuvent les aider à atteindre de grands objectifs.

Sonia Kang :                      Même si une entreprise vous permet d’atteindre vos objectifs de carrière, elle pourrait ne pas vous convenir s’il n’y a pas de chimie. Ainsi, un an après avoir occupé ce qui était censé être le bon [00:06:00] poste, du moins en début de carrière, Michael s’est rendu compte qu’il travaillait dans la mauvaise entreprise, et que le plus grand problème était de rester coincé là.

Michael :                            J’ai travaillé pour la mauvaise entreprise pendant au moins un an et demi.

Sonia Kang :                      Il est lui-même resté accroché.

Katy Milkman :                 Les êtres humains ont tendance à suivre la voie de la facilité. Nous détestons vraiment faire des changements et des efforts lorsque nous pouvons les éviter. C’est donc l’une des raisons pour lesquelles nous gardons souvent une routine ou un emploi, ou même que nous restons engagés dans un mariage [00:06:30] qui ne nous rend pas heureux, plus longtemps que nous ne le devrions. Il y a aussi ce qu’on appelle l’engagement sans bornes, c’est-à-dire qu’une fois que nous avons investi dans quelque chose, nous n’aimons vraiment pas l’idée de tout jeter par-dessus bord et d’ignorer le coût irrécupérable, ce qui serait la bonne chose à faire.

Sonia Kang :                      Le préjugé associé au coût irrécupérable est un facteur important qui peut vous empêcher de bouger. On se dit : « Cette formation m’a tellement coûté cher et j’ai passé tellement de temps à obtenir cet emploi. » Cette façon de penser peut vous nuire si, par exemple, vous découvrez de nouveaux secteurs ou des secteurs en croissance. [00:07:00] Ils offrent d’excellentes possibilités de carrière, mais vous devez être prêt à faire le changement. Pour d’autres, le préjugé associé au coût irrécupérable fait en sorte qu’ils pensent uniquement au temps qu’ils ont investi dans les relations personnelles avec leurs collègues ou gestionnaires et au fait qu’ils ne veulent pas les décevoir. Tout comme pour les autres décisions que nous prenons, nos décisions professionnelles et de carrière peuvent être dictées par nos préjugés.

Katy Milkman :                 Vous voulez prendre des décisions qui sont fondées sur la réflexion et l’analyse. Vous voulez obtenir des opinions externes, idéalement de la part d’experts. [00:07:30] Vous voulez dormir là-dessus. Aussi, préparez littéralement une liste des coûts et des avantages à partir d’une feuille de calcul. Essayez d’évaluer les différents éléments selon leur importance pour vous.

Sonia Kang :                      L’idée de Katy de dresser une liste des coûts et des avantages pour prendre une décision est liée à un concept que j’enseigne dans le cadre d’un cours de négociation. Il s’agit de créer des systèmes de pointage pour la prise de décisions, où vous déterminez et évaluez différents aspects. Cet exercice devrait vous aider à comprendre quels points sont les plus importants.

Sonia Kang :                      Disons que vous comparez quelques [00:08:00] appartements. Beaucoup de gens prennent simplement leur décision en fonction de ce qu’ils ressentent de manière générale. C’est difficile à faire, et nous sommes souvent victimes de divers préjugés au moment de prendre une décision. Il est préférable de décomposer la décision en différents facteurs. Par exemple, le voisinage, la distance jusqu’au métro, au travail et à l’épicerie, la superficie, le prix. Faites une liste de tout ce qui est important pour vous, puis attribuez à chacun de ces facteurs une valeur sur cent [00:08:30] pour indiquer l’importance des facteurs les uns par rapport aux autres. Ensuite, attribuez à chaque option, soit l’appartement A, l’appartement B et l’appartement C, une note pour chaque facteur, puis multipliez cette note par la valeur que vous lui aviez donnée. Additionnez le tout pour voir lequel des appartements obtient le plus grand nombre de points. Vous pourriez faire la même chose pour comparer différents emplois ou différentes entreprises afin de vous aider à trouver celui ou celle qui vous convient le mieux.

Katy Milkman :                 Je tiens cependant à dire : n’ignorez pas entièrement vos émotions ou vos instincts. Ceux-ci [00:09:00] doivent en effet faire partie de votre liste. Si un élément fait en sorte que vous trouviez que ce n’est pas le bon travail pour vous, peu importe ce que c’est, ajoutez-le. Vous ne voulez simplement pas trop compter sur cette absence d’hésitation.

Sonia Kang :                      D’accord, n’ignorez pas vos sentiments, mais ne les laissez pas prendre la décision pour vous. Ce que je prétends, c’est qu’en comprenant mieux nos préjugés et en prenant des décisions de façon plus analytique, par exemple, mais à l’aide d’une liste pour prendre une décision, nous serons mieux à même de choisir la bonne entreprise, celle qui met en valeur nos forces et nos passions, [00:09:30] ce qui est essentiel. Toutefois, pour y arriver, nous devons entrer dans notre liste un plus grand nombre de données liées au travail. Examinons donc l’expérience employé.

Jacob Morgan :                 Voulez-vous faire partie d’une entreprise qui vous traite équitablement, qui vous permet de vous exprimer, qui vous encadre et vous forme, qui vous laisse de la souplesse, qui se soucie vraiment de vous et qui vous le fait ressentir?

Sonia Kang :                      Au début de l’émission, Jacob Morgan [00:10:00] a comparé le travail à une relation. Il a écrit au sujet de cette relation dans un livre intitulé The Employee Experience Advantage. Il y écrit que les entreprises doivent être beaucoup plus attentives à l’expérience de chaque employé.

Jacob Morgan :                 Il faut mettre l’accent sur trois aspects que l’entreprise peut contrôler, soit la culture, la technologie et l’espace physique. La culture, c’est ce que les employés ressentent lorsqu’ils travaillent pour l’entreprise.

Sonia Kang :                      La culture organisationnelle comprend de nombreux éléments que nous examinerons tout au long de cette série.

Jacob Morgan :                 La technologie, ce sont les outils et les ressources auxquels les employés ont accès pour faire leur travail, [00:10:30] et l’espace physique, c’est exactement ça, c’est l’espace physique où travaillent les employés. En gros, n’importe quelle entreprise peut contrôler et façonner ces trois aspects.

Sonia Kang :                      L’expérience employé découle de ce qu’on appelle l’expérience client. L’expérience client vise à éliminer les irritants ou les obstacles pour le client. Les entreprises progressistes recourent maintenant à cette même philosophie pour les employés, car à son niveau le plus élémentaire, si les employés d’une entreprise sont malheureux, leurs clients le seront aussi. [00:11:00] Et puis, l’autre raison pour laquelle les employeurs se soucient tant de l’expérience employé, c’est que dans certains secteurs, on s’arrache les talents.

Jacob Morgan :                 Il ne suffit plus de payer les gens plus cher. Ils se soucient de la croissance et du perfectionnement, de l’incidence de l’organisation sur le monde, de l’environnement et des communautés. Donc, beaucoup d’employés commencent à poser des questions différentes. Ce que cela signifie, c’est que si vous voulez créer un environnement dans lequel les gens veulent réellement être, vous devez vous concentrer sur l’expérience de vos [00:11:30] employés.

Sonia Kang :                      La culture, la technologie et l’espace dans lequel vous travaillez. Tout comme les entreprises progressistes conçoivent des expériences personnalisées pour leurs clients, elles devraient concevoir des expériences positives pour vous, les employés. Et je tiens à préciser que nous ne parlons pas seulement des tables de ping-pong et des repas gratuits. L’expérience employé moderne, c’est bien plus que cela. Ce sont certaines des choses que vous devriez rechercher.

Pete Bacevice :                 Lorsque nous rencontrons de nouvelles personnes, il ne faut habituellement pas trop de temps avant que le sujet passe au travail. Le lieu de travail [00:12:00] est le prolongement de cette image de nous-mêmes et de notre identité professionnelle.

Sonia Kang :                      Pete Bacevice a raison. L’identité professionnelle est un élément important de notre identité globale. Pete réfléchit à la façon de développer et de protéger ce sentiment d’identité du point de vue de la conception physique.

Pete Bacevice :                 L’apparence du bureau en dit beaucoup sur une entreprise, alors elle peut en dire beaucoup sur nous en tant que personne.

Sonia Kang :                      Pete est chercheur en sciences sociales chez HLW, une entreprise d’architecture et de conception. [00:12:30] Il affirme que la conception même du bureau dans lequel nous travaillons, si nous travaillons dans un bureau, peut avoir une incidence sur la façon dont nous nous sentons.

Pete Bacevice :                 Elle peut également avoir une incidence sur notre façon d’agir. Les psychologues et les concepteurs utilisent souvent le terme « affordance » pour décrire le lien qui existe entre la conception et son influence sur nos actions.

Sonia Kang :                      Quand Pete parle d’affordance, il parle de la façon dont nos environnements nous incitent à agir. Avez-vous déjà essayé d’ouvrir une porte en la poussant plutôt qu’en la tirant? Ce n’est pas de votre [00:13:00] faute, c’est l’affordance de la conception qui est mauvaise. De la même façon, la conception du lieu de travail, bonne ou mauvaise, peut influer sur notre comportement, et c’est là que les choses deviennent très intéressantes.

Pete Bacevice :                 Par exemple, une machine à café ou un garde-manger dans un lieu central d’un bureau est une invitation à l’utiliser. Son emplacement à proximité de salles de réunion peut suggérer que c’est un endroit où des réunions peuvent également avoir lieu. Les tableaux blancs ou d’autres surfaces sur lesquels on peut écrire pourraient [00:13:30] aussi encourager les gens à les utiliser, à échanger des idées et à apprendre les uns des autres. Je me concentrerais sur cette idée d’accueil, qui renforce une culture d’action sociale positive. Vous voulez que les gens agissent de façon positive les uns envers les autres.

Sonia Kang :                      Il existe de nombreuses façons d’utiliser la conception pour favoriser un tel comportement ou un autre. Dans ce cas, Pete décrit une conception qui encourage davantage les interactions, donc une plus grande collaboration. [00:14:00] Comme les entreprises commencent à mettre l’accent sur le travail d’équipe, il est logique qu’elles créent des affordances pour favoriser certains comportements, pour encourager le type de productivité, de collaboration et d’innovation spontanée qu’elles souhaitent et qu’il serait impossible d’obtenir dans un cubicule.

Sonia Kang :                      Mais, quels sont les avantages pour vous? Au-delà d’une belle machine à café et d’un vaste choix de collations? Pete parle de créer un environnement de travail confortable qui rappelle celui de la maison. Vous pouvez faire beaucoup de choses différentes à la maison, en raison de la façon dont l’espace [00:14:30] est configuré et de votre degré de confort. À quoi cela ressemblerait‑il au travail?

Mandira Midha :              Chacun de nos bureaux comporte un mélange d’espaces variés. Ils sont réellement conçus pour accueillir les différents types de personnalités et de styles de travail.

Sonia Kang :                      Mandira Midha est responsable de la conception au sein de l’équipe Culture chez Shopify.

Mandira Midha :              Les êtres humains sont super complexes. Le fait d’offrir de multiples choix aux employés leur permet de choisir ce qui leur convient en fonction [00:15:00] de leurs préférences personnelles ou du type de projet auquel ils travaillent.

Sonia Kang :                      Pensez à votre journée de travail. Combien de tâches différentes effectuez-vous ou comment vous sentez-vous le matin par rapport à l’après-midi?

Mandira Midha :              J’accomplis beaucoup de tâches dans une journée qui exigent différentes choses, et chaque espace de travail différent me permet de les accomplir plus rapidement. Alors, si je dois résoudre un problème avec mon équipe, je me rends à mon poste avec mon équipe et nous nous y attaquons ensemble dans cette salle. Lorsque je dois faire une évaluation de rendement pour l’un de mes subordonnés directs, je me place dans une cabine téléphonique, [00:15:30] je ferme la porte et j’obtiens ainsi un espace de travail privé pour la faire. Lorsque je me sens un peu plus sociable et que je fais des tâches un peu plus administratives, je vais travailler dans une salle de séjour ouverte afin que les gens puissent venir me voir et me parler de façon informelle. Nous voulons créer un environnement qui permettra aux gens de s’épanouir et de donner le meilleur d’eux-mêmes. On ne permet pas aux personnes de faire de leur mieux si on s’en tient à une approche unique.

Sonia Kang :                      [00:16:00] Mandira décrit un bureau personnalisé et différent qui prend en compte divers styles de travail, une foule de préférences et des besoins en fonction de la tâche. Les entreprises axées sur les employés ont consacré beaucoup de temps à étudier la façon dont leurs employés veulent travailler et elles ont investi beaucoup d’argent dans la conception de ces espaces. Mais ensuite, quelque chose de complètement inattendu s’est produit, juste après que nous avons parlé à Mandira. Les gens ont complètement cessé d’aller au bureau.

Arjun Kaicker :                  La COVID-19 changera [00:16:30] radicalement la façon dont on conçoit les bâtiments, que ce soit de façon temporaire ou permanente.

Sonia Kang :                      Arjun Kaicker codirige l’équipe Analyse et renseignements chez Zaha Hadid Architects.

Arjun Kaicker :                  Que ce soit en tenant compte de la distanciation sociale, par l’installation de paravents ou l’utilisation d’une technologie sans contact, cela signifie que les gens n’auront presque plus à entrer en contact physique avec les surfaces communes, comme les poignées de porte ou [00:17:00] les boutons d’ascenseur.

Sonia Kang :                      L’ampleur de ces changements au fil du temps dépendra de choses comme l’existence d’un vaccin. Toutefois, à mesure que les employés retournent au bureau, les entreprises doivent concevoir et prévoir des espaces, et non seulement du point de vue de la personnalisation. Elles devront maintenant davantage penser à la santé et à la sécurité.

Sonia Kang :                      Ainsi, à court terme, Arjun entrevoit la possibilité qu’on délaisse les aires ouvertes et les bureaux partagés et qu’on reprenne les cubicules, mais d’une façon moderne.

Arjun Kaicker :                  Je ne crois pas [00:17:30] qu’on gardera les panneaux en tissu des anciens cubicules. Je crois qu’il s’agira plutôt d’écrans en plexiglas. Il existe même des types de vitres qui peuvent devenir complètement transparentes ou opaques lorsqu’on appuie sur un bouton. Les employés peuvent donc les rendre complètement transparentes une grande partie de la journée et translucides ou opaques s’ils ont besoin d’une plus grande intimité, et ce, en appuyant sur un bouton.

Sonia Kang :                      Mais [00:18:00] le futur milieu de travail devra tout de même tenir compte des aspects comme la collaboration, la socialisation et la personnalisation, même si l’on se retrouve dans des cubicules. Les concepteurs examineront certains éléments de personnalisation auxquels les employés se sont habitués lorsqu’ils travaillaient à la maison.

Arjun Kaicker :                  Nous voudrons plus d’espace pour les gens, une plus grande individualisation et une adaptabilité accrue à différents types de travail. Il y a bien sûr les bureaux assis-debout qui vont en ce sens. J’ajouterais aussi que les gens ont plus de contrôle sur [00:18:30] la température et sur l’éclairage, et qu’ils disposent de technologies bien supérieures pour effectuer de meilleures vidéoconférences à partir de leur bureau, mais des vidéoconférences qui ne distraient pas les gens autour d’eux. En fait, ils ont un bien meilleur contrôle de l’acoustique.

Sonia Kang :                      En même temps, il est important de reconnaître que pour certaines personnes, le travail à domicile n’était ni agréable ni même faisable. Dans certains cas, il a mis en lumière les disparités socio-économiques [00:19:00] et favorisé les privilégiés. Les entreprises devront être sensibles à cette réalité si elles passent à des environnements de travail principalement numériques, et plus nous travaillerons de la maison, plus la question « Comment me soutient-on? » sera posée.

Arjun Kaicker :                  Ont-ils une bonne chaise sur laquelle s’asseoir? Ont-ils une bonne table où s’asseoir? L’éclairage est-il optimal? Ou même offrir au personnel des consultations personnalisées, simplement pour leur donner des idées auxquelles ils n’avaient peut-être pas déjà pensé.

Sonia Kang :                      Offrir des consultations [00:19:30] et des subventions pour le bureau à domicile, et même s’assurer qu’une personne achète toutes les fournitures au lieu que chaque employé prenne de son temps pour l’achat de ses fournitures. Fournir aussi une connexion WiFi décente et des prolongateurs de portée WiFi. Il y a lieu de poser des questions sur ces éléments lorsqu’une entreprise est structurée pour le travail à distance. Mais s’il s’agit d’un travail que vous faites sur les lieux de travail, la prochaine fois que vous visitez une entreprise, analysez la conception du bureau. L’expérience employé est-elle une priorité? L’espace est-il personnalisé de façon à prendre soin des employés? Ensuite, [00:20:00] pensez à votre liste pour prendre une décision. Ces éléments sont-ils importants pour vous?

Sonia Kang :                      Donc, nous avons parlé d’un des grands aspects de l’expérience employé qui vous aidera à déterminer si vous êtes au sein de la bonne entreprise ou non : l’environnement et la configuration des lieux. Jetons maintenant un coup d’œil du côté de la technologie. Quels sont les bons outils de travail?

Joe Berger :                       Les entreprises les plus à l’avant-garde en parlent pendant le processus d’entrevue, elles adoptent la même mentalité qu’elles ont à l’égard [00:20:30] des clients et maintenant, elles orientent réellement leurs efforts vers leurs propres employés.

Sonia Kang :                      Joe Berger est directeur principal chez World Wide Technology.

Joe Berger :                       Et de l’autre côté, nous pouvons même constater que les candidats commencent à poser des questions sur les outils qui leur seront fournis pour qu’ils fassent leur travail.

Sonia Kang :                      Il aide les entreprises à comprendre comment les employés veulent utiliser la technologie. Son principal point est que les employés veulent que les outils numériques qu’ils utilisent au travail ressemblent à ceux qu’ils utilisent chez eux.

Joe Berger :                       Il y a toute une génération qui est sur le point d’entrer sur le marché du travail, une génération qui a grandi [00:21:00] avec Alexa dans sa chambre à coucher.

Sonia Kang :                      Pensez simplement à ce que vos appareils personnels vous permettent de faire.

Joe Berger :                       Lorsqu’on parle de l’expérience employé, et c’est là qu’on parle des appareils et de leur utilisation n’importe quand et n’importe où, mon travail doit me suivre partout où je vais pour que je puisse l’accomplir.

Sonia Kang :                      Ce besoin est devenu criant lorsque nous avons commencé à travailler à domicile. Quelque chose qui était agréable de posséder est soudainement devenu essentiel, et cet élément est particulièrement important si vous interagissez [00:21:30] avec des clients. Disons que vous travaillez dans un centre d’appel. Vos clients vous parlent à partir de différents appareils, mais vous ne pouvez pas faire la même chose.

Joe Berger :                       C’est ce qui leur permet d’avoir ce type de données en temps réel et de répondre aux clients, sans avoir à leur dire : « Identifiez-vous de nouveau ou redonnez-moi vos renseignements. » Rien ne fâche plus un consommateur que de devoir refaire la même chose encore et encore sans obtenir de résolution au problème.

Sonia Kang :                      Je sais que beaucoup d’entre vous sont également frustrés, car il existe une corrélation directe entre la satisfaction de la clientèle [00:22:00] et la satisfaction des employés. Ensuite, on trouve l’aspect évolutif du travail et la technologie nécessaire pour s’y adapter.

Joe Berger :                       Depuis cinq à dix ans, nous utilisons de plus en plus le modèle d’équipe d’équipes où vous faites partie de différentes équipes qui ont des échéanciers différents, mais j’ai des groupes de travail plus petits qui doivent être très agiles dans notre façon de travailler. C’est à ce moment que vous avez vu l’émergence d’applications comme Microsoft Teams, Slack et Webex Teams. On trouve un bon nombre de fournisseurs qui proposent ce type d’application.

Sonia Kang :                      Joe parle de la nature de plus en plus collaborative du travail. [00:22:30] Nous travaillons avec de plus en plus d’équipes, alors nos communications dans ces équipes et entre elles doivent être fluides. Il faut donc se servir de plateformes numériques dites ouvertes.

Joe Berger :                       Maintenant, je peux communiquer très rapidement en temps réel avec plusieurs équipes et différents services. Je peux voir en temps réel les changements qui sont apportés à ma feuille de calcul et je peux voir qui les a faits. Nous pouvons travailler en temps réel les uns avec les autres. Je ne passe pas à côté [00:23:00] de quelque chose parce que j’étais en vacances la semaine dernière. Je peux me rattraper très rapidement.

Sonia Kang :                      Réfléchissez au rôle que la technologie devrait jouer au sein de la bonne entreprise, et parlons maintenant avec Michael, qui était pris dans la mauvaise entreprise. À quoi ressemblait son travail?

Michael :                            L’atmosphère de l’ancienne entreprise rappelait celle d’un parc industriel en banlieue. Tout était beige : un tapis beige, des murs beiges, des cubicules beiges, des bureaux beiges.

Sonia Kang :                      Ironiquement, [00:23:30] Michael travaillait pour une entreprise de conception, mais ce n’était pas le pire.

Michael :                            L’entreprise ne semblait pas avoir de vision, de raison d’être ou de mission. Par exemple, il y avait très peu d’investissements dans des événements sociaux, le perfectionnement personnel ou la formation. Je pense qu’il est difficile dans ce milieu de créer la culture, de favoriser une culture de soutien, de reconnaissance [00:24:00] et de camaraderie.

Sonia Kang :                      Michael a fini par comprendre que la culture avait plus d’importance pour lui que la chance d’acquérir de l’expérience, et la culture est le troisième point que nous allons examiner. C’est peut-être la partie la plus importante de l’expérience employé.

Jacob Morgan :                 J’aime croire que la culture d’entreprise est l’effet secondaire de travailler pour son entreprise, un peu comme si on prenait un médicament.

Sonia Kang :                      Revoici Jacob Morgan, qui étudie l’expérience employé.

Jacob Morgan :                 Les effets secondaires peuvent être bons ou mauvais, mais le fait est que vous devez y penser [00:24:30] et penser à ce qui vous arrive lorsque vous faites partie d’une entreprise. Avez-vous le sentiment de pouvoir grandir et être autonome? Apprenez-vous de nouvelles choses, ou êtes-vous stressé et anxieux? Qu’est-ce que vous gagnez à travailler là?

Sonia Kang :                      La compréhension de la culture en milieu de travail sera au cœur de cette série, car il n’y a rien de pire pour vous faire sentir coincer au travail que lorsque les valeurs de votre entreprise ne cadrent pas avec les vôtres, que vous n’avez pas l’impression de pouvoir vous exprimer et que vous n’avez pas la chance de perfectionner vos compétences. Nous en parlerons davantage [00:25:00] dans les prochaines émissions, mais pour le moment, revenons à Michael. Il s’est retrouvé dans la mauvaise entreprise pendant près de deux ans. Il était coincé.

Michael :                            Je me suis rendu compte que j’étais à un mauvais endroit. Pour gérer cette situation, je me suis, par exemple, concentré sur d’autres choses qui se passaient dans ma vie. Cette période est vraiment nulle sur le plan du perfectionnement professionnel, mais sur le plan personnel, c’était en fait une période assez enrichissante. J’avais de bonnes relations. J’ai découvert le sport [00:25:30] d’une toute nouvelle façon. J’étais devenu beaucoup plus actif et en meilleure santé. J’avais trouvé un équilibre, d’une façon étrange.

Sonia Kang :                      Et c’est grâce à cet équilibre personnel qu’il a commencé à se sentir de moins en moins coincé.

Michael :                            J’en suis venu à me dire que j’allais seulement passer une soirée ou quelques heures par semaine à me concentrer sur la recherche d’emploi. Il s’agissait d’une combinaison de relations personnelles et professionnelles, et d’être capable d’entrer dans un endroit et de comprendre [00:26:00] l’entreprise. C’était le fait de connaître un peu quelques-unes des personnes et de pouvoir parler en toute confiance de leur travail, de ce que je voulais faire et de ma place dans tout cela.

Sonia Kang :                      En recueillant et en analysant les données, Michael s’est finalement retrouvé dans la bonne entreprise. La chance lui a également souri.

Michael :                            J’ai beaucoup de chance d’avoir trouvé cette entreprise, parce qu’avec le recul, je pense que certaines des choses que je voulais dans un poste [00:26:30] étaient probablement des choses dans lesquelles je n’aurais pas excellé.

Sonia Kang :                      Entre autres choses, il a trouvé une entreprise qui met en valeur ses forces.

Michael :                            L’espace est donc très lumineux et ouvert, il y a des plantes partout, tout est personnalisé. Je pense que tout le monde en tire une grande fierté.

Sonia Kang :                      Avec les bons outils.

Michael :                            L’entreprise pour laquelle je travaille maintenant suit l’évolution de la technologie afin de s’assurer qu’elle produit un travail [00:27:00] de la plus haute qualité avec les meilleurs outils.

Sonia Kang :                      Et la bonne culture.

Michael :                            Les employés de tous les niveaux et dans tous les types de postes peuvent grandement contribuer au travail. Il y a toujours un éventail de choses qui se passent et qui ne sont pas directement liées au travail quotidien, mais qui concernent davantage le perfectionnement des compétences, les événements sociaux et l’acquisition de connaissances. Il est clair que l’entreprise a un vif intérêt non seulement sur le plan financier [00:27:30], mais aussi pour la santé, le bien-être et le cheminement de carrière des personnes qui y travaillent.

Sonia Kang :                      Comme de plus en plus d’entreprises s’engagent à favoriser l’expérience employé, c’est-à-dire une expérience qui répond à vos besoins sur les plans de la culture, de la technologie et de l’espace physique, il devrait être plus facile de recueillir les données dont vous avez besoin pour choisir l’entreprise qui vous convient.

Jacob Morgan :                 Pensez-y. Vous ne trouverez pas toujours votre conjointe ou votre conjoint au tout premier rendez-vous, n’est-ce pas? Ça prend du temps, c’est du travail.

Sonia Kang :                      Jacob Morgan ramène [00:28:00] la notion de relation.

Jacob Morgan :                 Il ne s’agit pas seulement de passer des entrevues et de se présenter, mais aussi de demander de parler à d’autres employés qui sont présents. Êtes-vous en mesure de vous présenter un jour et de passer un peu de temps à l’extérieur avec les autres pour voir ce que les gens disent de l’organisation?

Sonia Kang :                      La façon dont les entreprises agissent en situation de crise en dit long. Par exemple, lorsque la pandémie de COVID-19 a frappé, la façon dont les entreprises ont traité leurs employés, bonne ou mauvaise, était bien documentée sur les médias sociaux… Et, comme nous en avons parlé au cours du dernier épisode, faites des recherches sur l’entreprise en ce qui a trait à la diversité et à l’inclusion. Son énoncé sur la diversité en fait-il une organisation manifestement inclusive? Prend-elle des mesures, et non seulement des positions courageuses sur le racisme systémique?

Jacob Morgan :                 Ne présumez pas que vous devez suivre ce qu’on vous dit pendant le processus d’entrevue, car je peux vous assurer que les organisations qui sont fières de leur culture, celles qui croient offrir ces environnements formidables, n’auront aucun problème à vous dire : « Bien sûr, [00:29:00] promenez-vous et parlez à qui vous voulez. »

Sonia Kang :                      Finalement, l’entreprise qui travaille pour vous est la bonne entreprise. Déterminez les éléments de l’expérience employé qui sont importants pour vous. L’entreprise offre-t-elle les bons outils et un espace approprié pour faire votre travail? La culture va-t-elle dans le sens de vos valeurs? Votre poste vous permettra-t-il de mettre en valeur vos forces et vos passions? S’agit-il d’un secteur en croissance qui offre des possibilités intéressantes de perfectionnement professionnel? [00:29:30] Ajoutez tous ces éléments à votre liste et faites vos calculs. Mais sachez que peu importe où vous vous retrouvez, même dans la meilleure entreprise, il y aura d’autres choses à gérer, surtout en ce qui a trait à l’aspect de la culture de l’expérience employé.

Sonia Kang :                      Dans les prochains épisodes, nous nous pencherons sur la façon de gérer les relations professionnelles et de faire avancer sa carrière. C’est ce dont nous discuterons prochainement dans le balado original Le cœur au travail, rendu possible par Rogers. Entre-temps, vous pouvez aussi nous trouver à l’adresse fortheloveofwork.ca. Ici Sonia Kang. Merci d’avoir été à l’écoute.