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Démystifier les télécommunications canadiennes

Il existe tellement d’information sur le secteur des télécommunications qu’il est parfois difficile de distinguer les faits de la fiction. Mark Goldberg, expert-conseil chevronné du secteur des télécommunications, dissipe les cinq mythes les plus répandus dans le secteur des télécommunications au Canada aujourd’hui :

Mythe : Les Canadiens paient plus pour moins

Qu’il s’agisse de paiements hypothécaires, de la facture d’essence ou de la connectivité Internet, personne n’aime payer des factures. Cette impression est encore pire lorsque vous pensez que quelqu’un bénéficie de meilleures conditions. Il est donc compréhensible que les Canadiens soient contrariés lorsqu’on leur répète qu’ils paient plus que les autres pour un service identique ou moins performant. Mais comme pour la plupart des croyances populaires, ce n’est pas vrai.

Alors pourquoi les gens croient-ils une telle chose? Il existe un certain nombre d’études portant sur la comparaison des prix à l’échelle internationale qui prétendent montrer que les prix au Canada sont plus élevés que dans la plupart des autres pays. Malheureusement, la plupart des gens se contentent de lire les manchettes et n’examinent pas la manière dont l’étude a été menée, quelles données ont été utilisées, ou ne procèdent pas à une évaluation critique des conclusions. Pour citer l’analyse faite de l’une de ces études, ces comparaisons de prix ne sont souvent guère plus qu’un « méli-mélo négligent de points de données dont aucune conclusion fiable ne peut être tirée ».

Pour être clair, il existe des différences de prix entre les fournisseurs et entre les pays. Toutefois, en plus d’utiliser une méthodologie boiteuse et des données désuètes, les comparaisons de prix unidimensionnelles ne peuvent indiquer les différences ni déterminer la valeur sous-jacente que les clients reçoivent d’un pays à l’autre.

Pour vous donner un exemple hypothétique, comparez un forfait mobile qui offre 10 Go de données par mois à une vitesse moyenne de téléchargement de 60 Mb/s pour 60 $ CA à un forfait qui offre 10 Go de données à une vitesse moyenne de téléchargement de 3 Mb/s pour 40 $ CA. Quel est le meilleur forfait? Selon la méthodologie de certaines études comparatives de prix, le forfait offrant une vitesse de 3 Mb/s serait plus avantageux pour les consommateurs, car il coûte moins cher. C’est peut-être vrai pour les consommateurs qui n’utilisent pas d’applications à forte consommation de données, mais pour ceux qui le font, le forfait à 60 $ offre un meilleur rapport qualité-prix.

Un autre facteur à prendre en compte est le coût pour fournir le service. Une étude (en anglais) a révélé que le coût de construction des réseaux sans-fil au Canada est de 83 % supérieur à la moyenne d’un groupe de pays de référence (Japon, Allemagne, France, Royaume-Uni, Italie et Australie) et de 34 % supérieur à celui des États-Unis. C’est logique puisque les exploitants de réseau canadiens, entre autres défis, doivent desservir une clientèle beaucoup moins nombreuse répartie sur un vaste territoire, acheter de l’équipement en dollars américains et faire face à des coûts de spectre beaucoup plus élevés.

Le fait est que les comparaisons de prix ne signifient rien à moins de tenir compte des particularités du forfait, de la qualité du service, des particularités du pays et du coût pour fournir le service. Même si elles ne font pas les mêmes manchettes, certaines études tiennent compte de ces facteurs. Par exemple, une association sectorielle américaine a commandé une étude pour comparer la valeur reçue par les abonnés du service sans-fil dans 36 pays, dont le Canada. L’étude a conclu que les Canadiens reçoivent plus de valeur pour chaque dollar dépensé – ou qu’ils en ont « plus pour leur argent » — que tous les autres pays du G7 et l’Australie.

Mythe : Tarification, synonyme d’abordabilité

Comme dans le cas du mythe précédent, le terme « abordabilité » est souvent employé sans tenir suffisamment compte des faits. Il y a quelques mois, j’ai écrit que l’expression était en train d’être détournée et appliquée à d’autres intérêts, comme celui des FSI qui cherchent à contourner l’accès aux services à large bande de gros alors que ce sont les contribuables qui paient les dépenses d’investissement.

Chacun d’entre nous souhaite que tout soit moins cher, mais cela ne signifie pas que les prix actuels ne sont pas abordables. Pour examiner l’abordabilité, nous devons comparer le prix par rapport à la capacité de payer. Comme je l’ai écrit récemment (en anglais), la tarification des services de communications au Canada se classe assez bien selon ce paramètre.

Cela ne veut pas dire que tous les Canadiens ont les moyens de payer les frais de connectivité ou les appareils pour se connecter. Malheureusement, il y a des Canadiens pour qui il est difficile, voire impossible, de se payer un appareil mobile ou un ordinateur ainsi qu’une connectivité de base à Internet. Comme les lecteurs de longue date le savent, cela fait près de 15 ans que je milite et plaide pour des solutions à cet important défi social.

Lorsque les gens n’ont pas les moyens de se procurer les articles de première nécessité comme le logement, l’électricité, la nourriture et les soins dentaires, nous n’essayons pas de résoudre le problème en forçant la réévaluation de ces biens et services sur l’ensemble du marché. Les gouvernements offrent plutôt une aide sociale ciblée.

Aux États-Unis, le gouvernement a récemment mis en place la Emergency Broadband Benefit (prestation d’urgence pour large bande), qui offre une subvention mensuelle de 50 $ à 75 $ pouvant être utilisée pour acquérir une connectivité à large bande. Des efforts sont également déployés pour rendre ces programmes permanents.

Un programme gouvernemental semblable pourrait ultimement être requis au Canada, mais entre-temps, nous saluons les efforts de fournisseurs de services comme Rogers avec le programme Branché sur le succès, TELUS avec Internet pour l’avenir et les divers fournisseurs de services partenaires qui mettent en œuvre l’initiative Familles branchées.

Entre-temps, les prix baissent. Les données de Statistique Canada indiquent que les prix des services sans-fil continuent de baisser alors que les prix des autres biens et services augmentent.

Mythe : Les ERMV ne sont pas autorisés au Canada

Oui, les exploitants de réseaux mobiles virtuels (ERMV) devraient être autorisés au Canada. Et (surprise!) c’est déjà le cas.

En effet, il existe un certain nombre d’ERMV en activité au Canada depuis des années, ainsi que des ERMV plus récents comme CMlink et CTexel. Comme c’est le cas pour la plupart des pays du monde, les ERMV sont autorisés au Canada, mais, comme partout ailleurs, ils ne sont pas exigés par l’organisme de réglementation.

Il y a très peu de pays dans le monde où l’organisme de réglementation a ordonné aux fournisseurs de services mobiles de rendre leurs réseaux accessibles aux ERMV, et aucun organisme de réglementation n’a, à ma connaissance, fixé de tarifs de gros. Au contraire, dans la majorité des pays où il existe des ERMV, ces derniers doivent négocier une entente d’accès au réseau avec l’exploitant de réseau mobile. Comme dans toute négociation commerciale, l’arrangement doit présenter un avantage pour les deux parties. Cela peut être le fait de jouir d’une marque connue ou d’atteindre un marché que l’exploitant de réseau ne cible pas. En fin de compte, l’ERMV doit être en mesure d’attirer de nouveaux abonnés au réseau de l’exploitant que ce dernier ne peut obtenir seul.

Mythe : Le gouvernement a établi un objectif de vitesse minimale de 50/10 pour tous

Je n’arrête pas de lire que le CRTC a établi une norme Internet de base de 50 Mbps (en aval) et de 10 Mbps (en amont) avec capacités de téléchargement illimitées. Un récent « document de cadrage » (en anglais) pour une série d’ateliers du Ryerson’s Leadership Lab sur le thème « Overcoming Digital Divides » [Surmonter le fossé numérique] perpétue le mythe selon lequel 50/10 est une vitesse minimale de base.

Le CRTC a effectivement fixé un objectif avec ces caractéristiques, mais l’intention était que tous les Canadiens aient le choix de s’abonner à un service à large bande de ce type, et non de déclarer que 50/10 est la vitesse minimale de base dont tous les Canadiens ont besoin.

Il y a une distinction importante à faire. Certaines personnes peuvent choisir de s’abonner à des vitesses et à des capacités inférieures à l’objectif d’infrastructure; tout le monde n’a pas besoin d’un service 50/10.

Par conséquent, si vous lisez un rapport qui indique que X % des ménages d’une région donnée n’ont pas une connectivité à large bande conforme à l’objectif 50/10, vérifiez si le rapport indique clairement si ces ménages n’ont pas ce niveau de connectivité parce qu’il n’est pas offert ou parce que, pour une raison quelconque, ils ont choisi de ne pas s’abonner à ce niveau de connectivité.

Il sera difficile de surmonter le fossé numérique si nous ne parvenons pas à maintenir les objectifs en place.

Mythe : D’autres pays ont beaucoup plus de concurrents

Certaines personnes affirment que le marché canadien des services sans fil mobiles est trop concentré. Mais quelle norme appliquent-elles lorsqu’elles font ces déclarations?

Au début de 2019, sur 29 pays européens (y compris le Royaume-Uni), 19 pays comptaient 3 opérateurs mobiles et 10 pays en comptaient 4. Entre 2010 et 2018, quatre pays européens sont passés de quatre opérateurs mobiles à trois, et trois pays sont passés de trois opérateurs mobiles à quatre. [pdf, 889 Ko – en anglais]

Aux États-Unis, le nombre d’opérateurs mobiles nationaux de niveau un est passé de quatre à trois lorsque T-Mobile et Sprint ont fusionné en 2020.

Le Canada compte trois exploitants nationaux et un certain nombre d’exploitants régionaux qui desservent différentes régions du pays.

En plus du nombre de concurrents, une mesure commune de la concentration du marché est l’indice Herfindahl-Hirschman (IHH). On détermine l’IHH en mettant au carré la part de marché de chaque entreprise concurrentielle sur le marché, puis en additionnant les résultats. Plus l’IHH est faible, moins le marché est concentré.

Selon les données de GSMA Intelligence, en 2018, l’IHH pour le Canada était de 2518. L’IHH pour les États-Unis, avant la fusion de T-Mobile et de Sprint, se situait à 2664, alors que l’IHH moyen pondéré pour l’UE était de 2966.

Que l’on considère le nombre des exploitants de services sans fil mobiles ou l’IHH, dire que le Canada est une exception n’est tout simplement pas vrai.

Pour lire l’article complet, consultez http://mhgoldberg.com/blog/?p=14905.  (en anglais)

Vous pouvez lire les opinions et les commentaires de Mark sur les tendances et les problèmes de télécommunications sur son blogue, www.mhgoldberg.com/blog, ou le suivre sur Twitter : @mark_goldberg.